Vous transpirez plus depuis que vous avez commencé un nouveau médicament ? Ce n’est pas dans votre tête. Certains médicaments courants — antidépresseurs, opioïdes, médicaments hormonaux — ont la transpiration comme effet secondaire connu. Identifier le médicament responsable est souvent la clé pour trouver une solution.
→ Causes médicales de la transpiration excessive
Mécanismes par lesquels les médicaments font transpirer
Trois mécanismes principaux expliquent la transpiration iatrogène (induite par les médicaments) :
- Activation du système sympathique : certains médicaments stimulent directement ou indirectement le système nerveux sympathique → activation des glandes sudoripares eccrines.
- Modification de la thermorégulation hypothalamique : les médicaments agissant sur la sérotonine (ISRS) ou les opioïdes peuvent perturber le thermostat du corps → bouffées de chaleur et sudation.
- Vasodilatation : certains médicaments (antihypertenseurs, alcool, nifédipine) dilatent les vaisseaux cutanés → augmentation de la dissipation de chaleur → sudation réactive.
Les antidépresseurs ISRS et IRSN : les plus fréquents
Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine-noradrénaline (IRSN) sont parmi les médicaments les plus fréquemment responsables de transpiration excessive.
Médicaments concernés et fréquence de la transpiration comme effet secondaire :
- Paroxétine (Deroxat®) : transpiration rapportée chez 14-20 % des patients → l’un des plus sudorifiques de sa classe
- Venlafaxine (Effexor®) : transpiration chez 11-15 % — IRSN, effet noradrénergique amplifie la sudation
- Escitalopram (Seroplex®), Sertraline (Zoloft®) : 5-10 % de patients
- Fluoxétine (Prozac®) : 7-10 % de patients
- Bupropion (Zyban®/Wellbutrin®) : 15-22 % de patients (action sur dopamine/noradrénaline)
- Duloxétine (Cymbalta®) : 5-10 % de patients
La transpiration liée aux ISRS est souvent nocturne ou matinale et peut survenir dès les premières semaines du traitement.
Opioïdes et tramadol
Les opioïdes (morphine, oxycodone, fentanyl) et le tramadol provoquent une transpiration par plusieurs mécanismes :
- Stimulation des récepteurs μ-opioïdes dans l’hypothalamus → réduction du seuil de transpiration
- Libération d’histamine (pour certains opioïdes) → vasodilatation et sudation
- Prise de poids induite → augmentation thermique générale
La transpiration est rapportée chez 15-30 % des utilisateurs d’opioïdes au long cours.
Médicaments hormonaux et anti-hormonaux
- Tamoxifène (Nolvadex®) : hormonothérapie du cancer du sein → bouffées de chaleur + transpiration chez 30-50 % des femmes. Mécanisme : antagonisme des œstrogènes → effet similaire à la ménopause.
- Raloxifène (Evista®) : modulateur des récepteurs œstrogéniques → bouffées de chaleur.
- Analogues de la GnRH (leuproréline, triptoréline — traitement cancer de la prostate ou endomé triose) : castration chimique → bouffées de chaleur et sueurs chez 60-80 % des patients.
Autres médicaments sudorifiques
- Nifédipine (Adalate®) et autres inhibiteurs calciques : vasodilatation artériolaire → bouffées de chaleur + sudation faciale
- Acide acétylsalicylique à fortes doses (aspirine) : action sur la thermorégulation centrale
- Pilocarpine (traitement de la sécheresse buccale) : médicament cholinergique → stimule directement les glandes sudoripares (effet recherché en test diagnostique, indésirable en usage chronique)
- Certains antibiotiques (rifampicine, métronidazole) : réaction idiosyncrasique chez certains patients
Que faire si votre médicament cause de la transpiration ?
Ne pas arrêter le médicament sans avis médical. La transpiration est inconfortable mais le médicament peut être indispensable. Les options à discuter avec votre médecin :
- Changer de molécule dans la même classe : pour les antidépresseurs ISRS, les différences de profil d’effets secondaires entre molécules sont significatives. La sertraline ou l’escitalopram ont moins d’effets sudoraux que la paroxétine ou la venlafaxine chez la plupart des patients.
- Adapter le timing de la prise : si la transpiration survient principalement la nuit (après une prise vespérale) → déplacer la prise le matin.
- Ajouter un antidote spécifique : pour les sueurs nocturnes liées aux ISRS, la benztropine ou l’oxybutynine à faible dose peuvent être ajoutées pour contrebalancer l’effet sudorifique. La clonidine est parfois utilisée pour les bouffées de chaleur des anti-hormonaux.
- Antitranspirant clinique : peut être utilisé en traitement symptomatique des zones les plus gênantes.
Sur ce sujet / Pour en savoir plus :
- Causes médicales de la transpiration excessive
- Bilan médical pour l’hyperhidrose
- Traitements de l’hyperhidrose
- Hyperhidrose : causes et diagnostic
Les informations de cet article sont à visée pédagogique et ne remplacent pas l’avis de votre médecin. Ne jamais arrêter un traitement médicamenteux sans consultation médicale préalable. Sources : Haute Autorité de Santé (HAS), ANSM, Journal of the American Academy of Dermatology (JAAD), Vidal.