La grande majorité des cas d’hyperhidrose sont « primaires » — sans cause médicale sous-jacente. Mais dans 5 à 10 % des cas, une transpiration excessive peut signaler une maladie : hyperthyroïdie, diabète, troubles hormonaux, infections. Savoir faire la différence est crucial, surtout si la transpiration est apparue brutalement à l’âge adulte.
→ Hyperhidrose : causes, types et diagnostic médical
Primaire vs secondaire : comment distinguer
L’hyperhidrose primaire (= idiopathique) présente des critères diagnostiques spécifiques définis par Hornberger :
- Début avant 25 ans
- Bilatérale et symétrique
- Absente pendant le sommeil profond
- Au moins 1 épisode/semaine
- Souvent des antécédents familiaux
L’hyperhidrose secondaire est déclenchée par une cause identifiable. Signaux d’alerte qui doivent faire rechercher une cause :
- Apparition brusque à l’âge adulte (> 25 ans) sans antécédent
- Transpiration généralisée (tout le corps) et non localisée
- Transpiration nocturne importante (sueurs nocturnes trempant les draps)
- Asymétrique ou unilatérale
- Associée à d’autres symptômes (palpitations, perte de poids, fièvre, ganglions)
Hyperthyroïdie et transpiration
L’hyperthyroïdie est l’une des causes médicales les plus fréquentes de transpiration excessive secondaire. Les hormones thyroïdiennes en excès accélèrent le métabolisme, ce qui génère de la chaleur et stimule la sudation.
Signes associés à l’hyperthyroïdie :
- Palpitations, tachycardie au repos
- Perte de poids inexpliquée malgré un appétit conservé ou augmenté
- Nervosité, irritabilité, tremblements fins des mains
- Fatigue paradoxale (malgré hyperactivité)
- Intolérance à la chaleur
- Chez la femme : irregularités menstruelles
Bilan de dépistage : TSH (thyroid stimulating hormone) + T4 libre. Si TSH basse + T4 élevée → hyperthyroïdie confirmée → traitement médical (antithyroïdiens de synthèse, iode radioactif ou chirurgie selon l’étiologie).
Diabète et hypoglycémie nocturne
Deux mécanismes diabétiques peuvent causer de la transpiration :
1. Hypoglycémie nocturne : une chute de la glycémie pendant le sommeil déclenche une réponse adrénalinergique (le corps « sonne l’alarme ») → sudation profuse, souvent nocturne, avec réveil confus. Fréquent chez les diabétiques type 1 ou les diabétiques type 2 sous insuline ou sulfonylurées.
2. Neuropathie autonome diabétique : complication tardive du diabète mal équilibré. Les nerfs du système autonome qui contrôlent les glandes sudoripares sont endommagés. Peut provoquer une anhidrose locale (incapacité à transpirer dans certaines zones) et une compensatoire (transpiration excessive dans d’autres zones, notamment le tronc supérieur).
Bilan : glycémie à jeun, HbA1c, surveillance glycémie nocturne si suspicion hypoglycémies.
Autres causes médicales à connaître
Phéochromocytome
Tumeur rare de la surrénale sécrétant des catécholamines (adrénaline/noradrénaline) en excès. Triade classique : hypertension paroxystique + céphalées + sudation profuse. Rare mais grave si non diagnostiqué. Bilan : métanéphrines urinaires ou plasmatiques.
Infections chroniques
- Tuberculose : sueurs nocturnes + toux + perte de poids + fièvre vespérale. Bilan : radiographie thoracique + IDR ou IGRA.
- VIH : sueurs nocturnes peuvent survenir dans différents stades, notamment lors des infections opportunistes.
- Endocardite infectieuse : sueurs + fièvre + souffle cardiaque.
Lymphomes et cancers hématologiques
Les sueurs nocturnes font partie des « symptômes B » des lymphomes (avec fièvre inexpliquée et perte de poids). Présence de ces 3 signes ensemble = bilan hématologique urgent. Voir aussi : sueurs nocturnes et cancer : quand consulter.
Médicaments sudorifiques
Certains médicaments déclenchent ou aggravent la transpiration :
- Antidépresseurs (ISRS, IRSN : paroxétine, venlafaxine → parmi les plus sudorifiques)
- Bupropion (Zyban/Wellbutrin)
- Tramadol et opioïdes
- Certains antihypertenseurs (bêtabloquants paradoxalement peuvent aggraver les sueurs nocturnes)
- Raloxifène, tamoxifène (traitements hormonaux cancer du sein)
Si la transpiration a débuté avec un nouveau médicament → signaler au prescripteur.
Quel bilan demander à votre médecin ?
En cas de suspicion d’hyperhidrose secondaire, un bilan de première intention comprend :
- NFS (hémogramme) + VS/CRP
- TSH + T4 libre
- Glycémie à jeun + HbA1c
- Bilan hépatique
- Radiographie thoracique (si sueurs nocturnes persistantes)
Si ce bilan est normal et que les critères de Hornberger sont présents → hyperhidrose primaire confirmée, prise en charge dermatologique appropriée.
Sur ce sujet / Pour en savoir plus :
- Hyperhidrose secondaire : 7 causes médicales à ne pas ignorer
- Sueurs nocturnes et cancer : quand s’inquiéter
- Comprendre l’hyperhidrose : causes et types
- Dermatologue spécialisé en hyperhidrose : comment trouver
Les informations de cet article sont à visée pédagogique et ne remplacent pas un examen médical. Sources : Haute Autorité de Santé (HAS), Société Française de Dermatologie (SFD), Société Française d’Endocrinologie (SFE), ANSM.