Anticholinergiques et hyperhidrose : glycopyrrolate, oxybutynine, efficacité et effets secondaires

Pour les cas d’hyperhidrose sévère ne répondant pas aux antitranspirants ou à l’iontophorèse, les anticholinergiques oraux constituent une option médicamenteuse efficace. Ces médicaments réduisent la sudation sur l’ensemble du corps, mais nécessitent une prescription médicale et un suivi adapté.

Panorama complet des traitements de l’hyperhidrose

Qu’est-ce que les anticholinergiques ?

Les glandes sudoripares eccrines sont contrôlées par le système nerveux autonome via des récepteurs muscariniques (récepteurs à l’acétylcholine). Les anticholinergiques bloquent ces récepteurs → réduction de la stimulation des glandes sudoripares → diminution de la transpiration.

Contrairement au botox (action locale et ciblée), les anticholinergiques agissent sur toutes les glandes sudoripares du corps simultanément → particulièrement utiles pour :

  • Hyperhidrose généralisée (multiple zones)
  • Hyperhidrose faciale et crânienne (difficile à traiter localement)
  • Hyperhidrose sévère résistant aux traitements locaux

Glycopyrrolate : le médicament de référence

Le glycopyrrolate (glycopyrronium) est l’anticholinergique le plus utilisé pour l’hyperhidrose en France. Avantage majeur sur l’oxybutynine : il ne passe pas la barrière hémato-encéphalique → moins d’effets sur le système nerveux central (moins de somnolence, confusion).

Doses utilisées en hyperhidrose :

  • 1 à 2 mg 2-3 fois par jour (dose de départ : 1 mg/jour, augmentation progressive)
  • Le dosage optimal varie selon les individus — trouver l’équilibre efficacité/effets secondaires

Disponibilité en France : Le glycopyrrolate oral n’a pas d’AMM (autorisation de mise sur le marché) en France pour l’hyperhidrose (il est utilisé hors-AMM). Prescrit notamment par les dermatologues spécialisés. Une forme topique (crème à 2,4 %) est disponible sous le nom Qbrexza® aux États-Unis, mais pas encore en France à ce jour.

Oxybutynine : alternative accessible en France

L’oxybutynine (Ditropan®, Driptane®) est initialement un médicament pour l’incontinence urinaire. Elle a une AMM en France → prescription plus accessible. Efficace contre l’hyperhidrose mais traverse davantage la barrière hémato-encéphalique → plus d’effets secondaires centraux.

Doses utilisées en hyperhidrose :

  • 2,5 à 5 mg 1-3 fois par jour (démarrer bas → augmenter progressivement)

Effets secondaires : ce qu’il faut savoir

Les anticholinergiques bloquent les récepteurs muscariniques dans TOUT le corps, pas seulement les glandes sudoripares. Cela explique leurs effets secondaires systémiques :

  • Bouche sèche : le plus fréquent (70-90 % des patients). Souvent limitant à doses efficaces. Remède : eau fréquente, chewing-gum sans sucre, spray buccal artificiel.
  • Constipation : fréquente (40-60 %). Remède : fibres alimentaires, laxatifs doux si nécessaire.
  • Yeux secs : collyre lubrifiant si gênant.
  • Rétention urinaire : rare, surtout chez les hommes avec hypertrophie prostatique.
  • Tachycardie légère : non dangereuse chez les patients sans cardiopathie.
  • Somnolence/confusion : plus fréquent avec l’oxybutynine (passe la BHE). Le glycopyrrolate est préféré pour cela.

Contre-indications : glaucome à angle fermé, rétention urinaire, mégacôlon toxique, myasthénie. À utiliser avec prudence chez les personnes âgées (risque de confusion).

Efficacité : que montrent les études ?

Une revue publiée dans le Journal of the American Academy of Dermatology (2021) montre :

  • Oxybutynine : 64-78 % de réduction significative de la sudation à 6 semaines
  • Glycopyrrolate : résultats similaires avec moins d’effets centraux

L’efficacité est souvent partielle (réduction de 50-70 %, pas de suppression totale) mais suffisante pour améliorer significativement la qualité de vie. Elle est maximale pour l’hyperhidrose généralisée ou faciale, plus variable pour les zones focales.

Comment obtenir une prescription ?

Les anticholinergiques pour l’hyperhidrose sont prescrits par le dermatologue (principalement) ou le médecin traitant. Ils sont remboursés par la Sécurité Sociale à leur taux habituel (oxybutynine : AMM → pris en charge 65 %). La non-AMM du glycopyrrolate le rend moins systématiquement remboursable — vérifier avec votre médecin et votre complémentaire santé.

Sur ce sujet / Pour en savoir plus :

Les informations de cet article sont à visée pédagogique et ne remplacent pas l’avis de votre médecin ou dermatologue. Sources : Haute Autorité de Santé (HAS), Société Française de Dermatologie (SFD), Journal of the American Academy of Dermatology (JAAD), ANSM.

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